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Troie, l’ultime cheval de bataille de David Gemmell

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Troie de David Gemmell
Série: Le Cycle de Troie
Publié par Bragelone dès 2008
Genres: Fantasy, Uchronie,
Pages: 1380

Trois individus vont changer la destinée de plusieurs nations.
Helicon, le jeune prince de Dardanie, hanté par une enfance traumatisante ; la prêtresse Andromaque, dont le caractère de feu et l’indépendance forcenée se dressent contre la volonté des rois ; et le légendaire guerrier Argurios, emmuré dans la solitude, uniquement motivé par son besoin de vengeance. À Troie, ils découvrent une cité déchirée par des rivalités impitoyables – un maelström de jalousies, de tromperies et de traîtrises meurtrières. En dehors des murs de la cité mythique, des ennemis assoiffés de sang convoitent ses richesses et conspirent à sa chute. C’est une époque de bravoure et de trahison. Une époque de bains de sang et de terreur.
Une époque pour les héros !

Si vous avez lu ma chronique sur Le Lion de Macédoine, vous savez déjà ce qu’est une uchronie, à savoir une réécriture de l’histoire de façon à la rendre plus trépidante et épique qu’elle ne l’a été. Si cette précédente œuvre m’avait déjà plu, la disparition totale du réalisme au fil du récit avait quelque peu été de trop. Avec son énorme trilogie sur la guerre de Troie, très sobrement intitulée Troie, David Gemmell a retenté l’expérience, cette fois en restant réaliste du début à la fin (pas de voyages dans le temps ni de magie). À noter qu’il s’agit là de sa dernière œuvre avant sa mort en 2006 et que le troisième tome a été terminé par son épouse Stella.

Voilà de nombreuses années que l’heroic-fantasy de David Gemmell est au cœur de mes lectures, et comme toutes les bonnes choses ont une fin, cette trilogie représentait aussi les dernières aventures que me ferait vivre cet auteur. Tout a commencé pour moi avec Druss La Légende, et 33 livres plus tard me voilà à écrire une chronique sur la fin d’une épopée fantastique que je n’oublierai pas de sitôt. Finir une trilogie (ou plus) crée déjà généralement un sentiment étrange, mélange de vide et d’accomplissement, mais alors finir l’œuvre tout entière d’un auteur, c’est tourner une page complète de sa vie, revivre en un instant d’innombrables moments épiques, dire au revoir à une flopée de personnages marquants, tout en ayant l’impression qu’ils ne seront jamais bien loin. Tout ça pour dire que cette trilogie avait pour moi une saveur particulière, et que ce n’est pas pour rien qu’il m’a fallu plus d’un an pour me décider à me plonger dedans.

Ai-je vraiment besoin de vous faire un résumé de l’histoire ? David Gemmell respecte en gros la trame générale telle que nous la connaissons, mais le personnage principal (ou plutôt, le plus principal des personnages principaux, car de nombreuses figures iconiques se partagent la tête d’affiche) est Hélicon l’Incendiaire, le prince de Dardanie, inventé pour l’occasion mais qui s’intègre parfaitement au récit. Sa présence est même cruciale et ajoute de la nouveauté à une partie de l’histoire connue de tous ou presque. Ah, oui, vous voulez dire quelque chose ?

« Non mais c’est bon, j’ai déjà vu le film, j’ai pas besoin de lire le livre. »

Détrompez-vous ! Contrairement à ce célèbre film qui se concentre uniquement sur la guerre de Troie, cette série de livre commence bien plus tôt. À vrai dire, la guerre de Troie ne commence à proprement parler qu’à la moitié du troisième tome ! Surprenant, je vous l’accorde, et pourtant à aucun moment je ne me suis dit « Bon, ils l’assiègent cette ville ou ils attendent de voir débarquer Brad Pitt ? ». En l’occurrence, Achille était attendu, mais il n’était pas le seul héros convié à la fête. Hector, Priam, Agamemnon et Ulysse sont notamment de la partie. Tant que j’y suis, autant vous parler tout de suite de comment ces héros ont été intégrés à l’histoire. Si elle a bien eu lieu, la guerre de Troie telle qu’on l’imagine est probablement très différente de telle qu’elle a été, mais c’est dans son contexte que les aventures mythologiques d’Ulysse ont eu lieu. Ah, comment intégrer des méduses, des cyclopes et des magiciennes maléfiques qui transforment les soldats en cochon tout en restant réaliste ? Impossible dites-vous ? C’était sans compter sur l’ingéniosité de notre ami Gemmell qui a trouvé une solution géniale : Ulysse est dans Troie un conteur d’histoires fantastiques. Il est réputé dans toute la Grande Verte pour son talent de mise en scène et son imagination débordante. Ainsi, l’aspect mythologie est présent tout au long du récit sans pour autant altérer son réalisme.

Et Achille l’invincible alors ? Comment justifier que son talon soit son unique point faible ? C’est simple, ce n’est ici pas le cas. C’est un terrifiant guerrier qui ne perd jamais, tout comme son rival Hector. Leur affrontement représente un chapitre entier d’une intensité exceptionnelle dont je ne vous dévoilerai pas l’issue. Ne vous attendez pas à ce que tout se passe comme dans le film, ce n’est pas le cas et vous serez pris de court plus d’une fois.

La trilogie porte donc sur la montée de la violence qui mène à la guerre de Troie plutôt que sur le siège lui-même (que vous aurez en entier, je vous rassure !). Pour autant les deux premiers tomes restent très riches en événements cruciaux qui ont parfois des conséquences 600 pages plus tard et l’ennui ne vous effleurera jamais. Pour tout vous dire, j’ai vraiment eu le sentiment que j’aurais pu lire trois tomes de plus sans trouver ça long. Tout est fluide, crédible, bien construit et jamais compliqué à suivre. Les personnages historiques nous servent de repère la tension ne cesse de monter page après page. J’ai particulièrement apprécié la multitude de points de vue qui nous est présentée. La guerre de Troie n’est pas un affrontement manichéen, si Agamemnon est effectivement présenté comme un tyran sanguinaire, Priam, le roi de Troie, n’apparaît pas forcément comme quelqu’un de beaucoup plus sympathique. Vous aurez du mal à apprécier ces rois impitoyables, mais vous serez surpris de progressivement apprécier ceux que vous pensiez être des méchants bêtes et… méchants. Achille, qui nous est d’abord présenté comme un barbare assoiffé de sang, devient progressivement un type honorable, tandis qu’Hector se retrouve contraint d’abandonner certains de ses principes et de baisser dans notre estime. Cet équilibrage progressif du bien et du mal donne une dimension inattendue à la guerre de Troie. La lassitude gagne les deux camps, et l’issue de cet affrontement titanesque semble de plus en plus sans grande importance. Croyez-moi, cette trilogie vaut le détour et vous offrira un regard nouveau sur ces événements hautement épiques.

À ceux qui se demanderaient si le fameux cheval de Troie est présent, je réponds oui, mais attendez-vous à être très surpris par une ultime ruse de maître Gemmell !


EN BREF : Une épopée épique, une aventure fabuleuse, un conflit dantesque, une plume toujours aussi prenante… Troie est L’Iliade de notre époque, le réalisme en plus.

identicon

Kaelin

Moi, c'est Kaelin Chariakin. Mix improbable entre un chef Rigante et une légendaire Marchombre. Grand amateur de citations et étudiant en littérature (après m'être assuré que les études d'ingénieur n'étaient pas des études de lettres, oui, j'aime bien vérifier les choses par moi-même), les livres ont toujours été plus ou moins présents dans ma vie.


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3 commentaires

  1. Je n’ai jamais rien lu de Gemmell, j’ai trop honte. Mais c’est pas ma fauteeeeeeeeeeeeee !!! Y’a trop de livres, je ne sais pas par quoi commencer ^^ En tout cas tu me donnes encore plus envie de m’y mettre.

    • Je te conseille de commencer tout simplement par son premier roman, Légende. Certes, entre le premier et le dernier il a clairement progressé, mais Légende a quelque chose d’unique, il l’a écrit pendant sa maladie (cancer) et a fait évoluer le scénario selon l’évolution de son état de santé, la forteresse au cœur de l’histoire était son corps, et les envahisseurs étaient son cancer.
      Je n’ai appris ça qu’après l’avoir lu, et je trouve que ça lui donne une tout autre dimension ! Bref, je te le recommande vivement 😉

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